AMADOU BADIANE, ANCIEN CONSEILLER CULTUREL DU PREMIER PRESIDENT DE LA GUINEE : “ Dès 1976 Sékou Touré avait prédit la dévaluation du FCfa ”
Sékou Touré, déclare-t-il, était très chaleureux et avait une grande foi religieuse. Chaque vendredi, révèle-t-il, après la prière, nous déjeunions ensemble à la résidence Bellevue. Le leader guinéen aimait particulièrement le “ borokhé ” et il mangeait à la main en toute simplicité. Cela m’a beaucoup marqué, se souvient Amadou Badiane. Selon ce dernier, le leader guinéen était un bourreau du travail : il se levait à 5 h du matin, prenait un peu de pain, du citron et du kinkéliba puis, escorté de deux motards, il se rendait à son bureau à 6 h et il ne le quittait pas avant 1 h du matin. Il tenait particulièrement au développement de la scolarisation, de l’agriculture, à l’unité et à l’émancipation du continent africain. Il souhaitait, raconte Amadou Badiane, que l’Afrique ait sa propre monnaie, car tôt ou tard, disait-il déjà en 1976, le FCfa sera dévalué. Il était fier également du Bembeya Jazz et de l’équipe de Afia.
Sékou Touré était un homme qui avait beaucoup d’ennemis tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de son pays, soutient son ancien conseiller culturel. C’est pourquoi il n’aimait pas beaucoup les déplacements à l’étranger, était très prudent sur tout ce qui touchait à sa sécurité et sévère quand il s’agissait de punir les coupables.
Dans chaque quartier, il avait créé une milice très puissante appelée le pouvoir révolutionnaire local, chargé de veiller sur la pureté révolutionnaire des citoyens.
Il ne haïssait pas Senghor
Replongeant dans ses souvenirs de jeunesse, Sékou Touré confia un jour à son conseiller avoir été un grand danseur qui faisait chavirer le cœur des jeunes filles. “ À Dakar, dans un bal rehaussé par la présence du couple présidentiel sénégalais, j’ai servi de cavalier à Nanette Senghor ”, lui dit le leader guinéen. À propos de Léopold Sédar Senghor avec qui les relations baignaient dans la naphtaline à l’époque, le président guinéen fit un jour cette confidence émouvante dans son bureau à Amadou Badiane. “ Beaucoup de gens croient que j’ai une haine farouche contre Senghor. Ce n’est pas vrai. Senghor est un grand homme de culture et je le respecte en tant que président ”. Puis joignant le geste à la parole, il extirpa d’un tiroir un dossier qui contenait “ La belle histoire de Leuk le lièvre ”, le célèbre livre écrit par Senghor et Abdoulaye Sadji. Ce livre, poursuit Sékou Touré, j’ai imposé son étude dans toutes les écoles de Guinée, car c’est un recueil de contes africains très vivants. Si je haïssais Senghor, je n’allais pas prendre une telle décision, souligna-t-il. “ Le problème qui m’oppose à Senghor et à Houphouët, déclara ensuite Sékou Touré à son 2e conseiller culturel, c’est que nous avions tous décidé, en 1958, lors de la venue De Gaulle, de dire non à la Communauté française. Mais, devant le président français, j’ai été le seul à dire non ”. La mésentente née de cette situation durera 21 ans, car c’est en 1979 que Sékou Touré viendra en visite officielle à Dakar pour se réconcilier avec le président Senghor.
En 1976, lorsque Amadou Badiane, après un séjour de trois ans en Guinée, manifesta le désir de retourner au Sénégal, son illustre hôte ne s’y opposa pas. “ Puisque la monnaie guinéenne, le silly, était faible, Sékou Touré m’a offert, en plus du billet d’avion, 800 grammes d’or que j’ai vendus à l’aéroport de Dakar. C’était une grosse somme ”, fit-il dans un geste qui en dit long.
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