La République de Guinée est née le 2 octobre 1958 à la suite du vote historique du peuple guinéen rejetant le 28 septembre la Communauté franco-africaine que le Gouvernement français voulait substituer à l’indépendance des colonies d’Afrique.A la place de l’administration coloniale routière, la République de Guinée a installé des Institutions dynamiques qui, par leur contenu démocratique et populaire, constituait un acte de foi dans le destin de la jeune Nation. En elles et par elles apparaissait dans toute son expression la fidélité aux masses, pierre angulaire de la grande révolution qui s’est accomplie dans ce secteur palpitant de l’Afrique contemporaine.Les structures politiques et administratives nouvelles se sont inspirées des principes fondamentaux qui ont guidé la prise de conscience du peuple de Guinée : Liberté, Dignité, Egalité, Prospérité et Paix.
Pour garantir sa souveraineté nationale, protéger son territoire et ses citoyens, la jeune nation guinéenne devait fonder une défense nationale. A cet effet, sous l'égide du nouveau gouvernement, l’Armée Guinéenne fut crée le 1er Novembre 1958. Le président Ahmed Sékou Touré limita le nombre de soldats africains au compte de l'Armée Française à ceux qui n'avaient que 15 ans ou moins de service militaire pour la France. L'une des principales raisons qu'il évoqua fut que les soldats ayant servi plus de 15 ans l'armée françaises auraient vu leur pension suspendu du fait de leur adhésion à la nouvelle armée guinéenne. Ainsi, la Guinée créa une armée essentiellement composée d’hommes et femmes guinéens dévoués et venus se mettre au service de leur nouvelle nation. Les plus anciens, ceux qui avaient combattu auprès de la France 15 ans ou moins s'étaient vu attribués de hautes fonctions au sein de cette nouvelle et fraiche armée
Riche en ressources minières la Guinée devait également former des ouvriers, employées et cadres qualifiés afin de substituer les colons et exploiter ses richesses naturelles et se positionner de manière favorable dans l’économie mondiale. Cette tâche fut particulièrement difficile du fait de la brusque rupture avec la métropole et le départ soudain des colons qui prirent avec eux, les dossiers et contrats des sociétés minières, mais également les fonds de la Banque Centrale du pays. Sur l’image de droite les nouveaux ouvriers guinéens défilent.
Le rejet de la constitution française donna à la nation guinéenne la lourde responsabilité de se bâtir d'elle même, sous le regard hostile de l'ex-pays colonisateur, et l'absence de coopération avec les états de la sous-région encore sous domination européenne (notamment de la France, du Royaume Uni et du Portugal). Encerclée, par des colonies hostiles, la Guinée, alors une nation largement paysanne devait s’industrialiser avec des ressources financières extrêmement limitées. L’industrialisation d’une telle nation dont la population était a majorité analphabète, donc limitée en terme de ressources humaines s'annonçait périlleux. C'est pour cette raison que le président français s'envolait de Conakry, le 28 septembre 1958, confiant de l'échec de la Guinée qui lui avait claqué la porte. Claque qu'il jugea suicidaire car le pays en subirait les conséquences. Néanmoins, le peuple digne de Guinée, n'a jamais baissé les bras et s'est mis rudement à l'épreuve. Il sollicita, l'aide du Ghana de Kwame Krumah qui fut le premier a offrir des fonds, mais celle de l'Union Soviétique qui fut le recours au monde capitaliste et qui voyait dans la Guinée un emplacement stratégique sur le continent Africain.
Parmi les nombreux obstacles de la jeune nation guinéenne, la création du système éducatif émergeait comme le plus important. Sous l’embargo imposé par la France qui manifesta un refus catégorique d’assister la Guinée en imposant un blocus sur la livraison de livres, la tache s’annonçait rude. En effet, l’Education est un pilier incontournable et indispensable au développent durable d’une nation et l’équipe des nouveaux leaders guinéens dirigés par Ahmed Sékou Touré en était consciente. Elle devait former une nouvelle génération de Guinéens compétents afin de contribuer au développement de la jeune nation. La Guinée était dotée de moins d’une vingtaine de cadres supérieurs et démunie de centres d’éducation professionnelle digne de ce nom. Les meilleures écoles de l’Afrique Occidentale Française se trouvaient aux Sénégal, et parmi elles la prestigieuse école William Ponty. Grâce a de jeunes étudiants africains et quelques spécialistes venu du bloque soviétique la Guinée a pu procéder à la gestion immédiate des affaires du pays. Ce n’est qu’en 1962 que l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry fut fondée. L’U.R.S.S et la République populaire de Chine ont brillé par leur assistance lors de la mise en œuvre de ce projet, en finançant la création de l’institution mais également en procurant à la guinée des enseignants principalement dans les disciplines scientifiques.
La Guinée s’est très tôt distinguée des autres nations africaines en impliquant les femmes dans tous les aspects de la vie sociale, économique et politique. Par conséquent, dès sa création en 1958, l’armée guinéenne fut composée de vaillantes femmes prêtes à défendre leur nation et protéger la souveraineté de leur pays. (La photo à gauche illustre des femmes entrain de teindre des pagnes)
La construction d’une nouvelle nation au milieu du vingtième siècle ne pouvait se faire sans l’apport de la haute technologie devenu un outil incontournable du développement économique, politique et social d’une nation. Et ceci ne pouvait se faire sans les femmes guinéennes. La photo à gauche ici, illustre des jeunes techniciennes en exercice à la Radio de Conakry.
A l’image de ces femmes laborieuses sur la photo de droite, la femme guinéenne a connu une émancipation rapide à travers un apport utile à la société. Loin de l'image de "femmes de foyer" généralement attribué aux femmes par les mœurs africaines, la femme guinéenne à participer de manière active à la production de biens et services, elles habillaient et nourrissaient leur communauté.
Le football occupait une place prépondérante dans la société guinéenne sous la Première République. Les footballeurs guinéens pratiquaient ce sport par patriotisme et pour la dignité de tout un peuple. Le Hafia FC était le club le plus emblématique de Guinée et figurait parmi les 10 plus grands clubs de football Africain avec le triplé réalisé en 1972, 1975 et en 1977 en coupe d’Afrique des clubs champions. Le grand Hafia de Conakry avec des joueurs de talents comme Mor Ciré Sylla, Djibril Diarra, Papa Camara, Ousmane Tolo, Petit Sorry, "Njo Léa", "Djanski", Bernard Sylla et le grand Shérif Souleyman qui veillait sur ses protégés a fait les honneurs du peuple de Guinée et les beaux temps du football africain. Souleymane Sheriff décrochera même le titre de ballon d'or Africain en 1972. A cette époque l'Etat s'engageait dynamiquement dans la gestion des clubs sportifs.
Issu des groupes régionaux désirés par le président Sekou Touré, le Bembeya Jazz est rapidement devenu le groupe favori des guinéens dans les années '60 et '70. Après deux décennies de quasi-silence, le Bembeya Jazz revient avec un dynamisme propre à décrocher un succès international.
Lorsqu'en 1958, la Guinée a acquis son indépendance, son président, Sekou Touré, a voulu que le pays retrouve une identité culturelle forte et moderne. Entre autre mesure, il décréta que chacune des 33 préfectures devait se munir d'un ballet de danse traditionnelle, d'un théâtre, d'un ensemble folklorique et d'un orchestre. C'est dans ce contexte, et sous la houlette d'un entrepreneur nommé Emil Condé, qu'est né à Beyla, ville proche de la Côte d'Ivoire, l'orchestre Sylli Jazz qui, en 1959, empruntant le nom donné à la rivière locale, allait devenir Bembeya Jazz.
L'originalité du Bembeya est de mélanger des mélodies de griots retranscrites pour des guitares électriques avec des rythmes inspirés par la rumba zaïroise et la musique cubaine, le tout tonifié par la présence d'une section de cuivres formée au sein d'orchestre de marche militaire. En 1962, ils enregistrent un premier disque en bénéficiant du système d'enregistrement d'un américain d'origine arménienne nommé Leo Sarkisian, chargé par une compagnie hollywoodienne d'enregistrer de la musique pour le cinéma. A l'époque, les actuels batteur et guitariste, Conde Mory Kouyaté dit "Mangala" et Sekou "Diamond fingers" Diabaté faisaient déjà partie du groupe dirigé par Hamidou Diawiné. Par la suite, le groupe est rejoint par deux chanteurs et anciens charpentiers, Salifou Kaba Aboubacar Demba Camara, qui allait devenir une star adulée dans toute l'Afrique de l'Ouest, jusqu'à sa disparition en 1973. En 1964, un deuxième album voit le jour dans lequel Sekou Diabaté commence à utiliser une guitare hawaïenne et écrit le premier succès du groupe "Demba Tigala". La même année, ils partent à Cuba et jouent devant Fidel Castro. Fortifiés par le grand succès qu'ils remportent à la Havane, ils décident de se lancer dans différentes compétitions nationales de musique qui seront pour eux un tremplin. efficace et les fera rentrer dans le cercle très envié des orchestres nationaux rémunérés par l'état. En 1966, le groupe, devenu professionnel, s'installe à Conakry. A l'exception du vendredi, jour de rencontre de voisinage instaurée par le gouvernement et du lundi, le jour de repos, les musiciens se retrouvent chaque matin pour répéter et chaque soir pour jouer de vingt et une heure à deux heures du matin. Le morceau "Bembeya" qui ouvre leur nouvel album et présente de façon joyeuse l'orchestre est composé à cette époque. En 1968, à l'occasion d'une cérémonie célébrant le retour des corps des héros nationaux morts à l'étranger, le président Sékou Touré organise un vaste concours de chansons. Le Bembeya crée un morceau épique d'une demi-heure, mélange plusieurs récits de griots à la gloire de Almamy Samory Touré sur des arrangements dynamiques. "Regard sur le passé" remporte le premier prix et devient un énorme succès populaire.
Durant les années soixante-dix la concurrence devient rude entre les différents groupes nationaux et, pour se démarquer, le Bembeya Jazz incorpore, en 1973, d'accortes danseuses et chanteuses afin de proposer un show spectaculaire. Mais, la même année, Aboubacar Demba Camara décède dans un accident d'automobile. Le groupe peine à se remettre du départ tragique de son chanteur qu'il remplace par Nagna Mory Kouyaté puis par Sekouba Bambino Diabaté. Le groupe se maintient en vie, mais, lassé par la vie de fonctionnaires musiciens et supplantés dans les cœurs des guinéens par des musiciens plus jeunes, le Bembeya Jazz accepte de prendre l'indépendance que leur propose Sékou Touré qui leur attribue des instruments neufs et un bar qu'ils nommeront "Bembeya Club". Peu de temps après, en 1984, la mort du président guinéen sonne le glas de l'âge d'or du groupe. En 1988, ils essaient de se mettre au goût du jour en incorporant synthétiseurs et boîtes à rythmes à leurs instruments habituels pour l'enregistrement de "Wa kélé". Le groupe s'égaye dans la nature et certains, comme Sekouba Bambino ou Sekou Diabaté, tentent des carrières solos alors que d'autres abandonnent la musique.
En 1999, le gouvernement désirant fêter le centenaire de la mort de Samory Touré, incite le groupe à se reformer et le gratifie du titre de meilleur orchestre moderne du siècle. C'est alors qu'entre en scène Christian Mousset, le directeur du festival Musiques Métisses d'Angoulême décide de leur faire enregistrer un album pour son nouveau label Marabi et de les inviter à l'édition 2002 de son festival. "Bembeya" propose des enregistrements et compositions du répertoire qui a fait leur gloire et de nouveaux morceaux. Le retour du Bembeya Jazz s'effectue avec une poignée de vétérans et quelques jeunes recrues. Cette nouvelle formule, fidèle à l'esprit originel du groupe mais dynamisé par cette seconde naissance, remporte un grand succès auprès du public et des médias européens. Le Bembeya Jazz fait la une du magazine anglais "Froots" et il est nominé pour les "World Music Awards 2003" de la BBC.
Il y a fort à parier que cette machinerie irrésistible sera à l'aube d'une nouvelle carrière qui, comme ils le chantent dans "Bembeya" sera glorieuse et internationale.
Benjamin MiNiMuM
Bien qu’étant un personnage controversé au sein de son peuple, le président Ahmed Sékou Touré était un patriote, n’ayant jamais mis la main sur le patrimoine guinéen il a plutôt légué des monuments qui font partie aujourd’hui de la vie de tous les guinéens: la Grande Mosquée Fayçal de Conakry construite en 1982 grace a un don personnel du roi Fahad d'Arabie Saoudite , le Palais du Peuple qui sert de lieu de manifestation publique( foires, concerts etc.), est également le siège d’Assemblée Nationale, le Stade du 28 Septembre construit par la Chine au début des années soixante parmi tant d’autres sont des édifices qu’Ahmed Sékou Touré a laissé en héritage a ses fils et filles guinéens. (Le palais du peuple sur la photo de gauche)